
Capsule littéraire – Chroniques de ruelles, T.2: Les rencontres de Zara
6 avril 2026Titre: Fleurs de verre
Autrice-illustratrice:
Eve Patenaude
Éditeur: Éditions XYZ
Année de publication: 2025
Nombre de pages: 104 pages
ISBN: 9782897725624
Public: À partir de 10 ans
Thèmes: Authenticité, ennui, identité, maladie, mémoire
Résumé
« Je m'appelle Théa, mais je ne suis pas Théa. »
Fleurs de verre d'Eve Patenaude, c'est l'histoire de souvenirs façonnés par Théa pour Théa. Cet album est marqué par la dualité des thèmes et met en scène deux personnages physiquement identiques qui portent le même nom : Théa. L'une est une adolescente alitée depuis deux ans, réduite à « vivre l'ennui des jours vides ». L'autre est une automate de souvenirs. Même nom, mêmes joues rouges, mais un rôle bien défini : « simuler le comportement enthousiaste d'une adolescente en pleine santé ».
À l'insu de Théa, l'automate lui transfère chaque soir les souvenirs de sa journée. Bien qu'artificiels, ces souvenirs sont aussi beaux que de vrais et effacent les heures d'oisiveté. Au fil des pages et des transferts, la ligne entre simulation et réalité devient floue et imprécise. Des questionnements émergent sur l'identité, l'authenticité et la valeur de l'ennui : un souvenir a-t-il de la valeur si celui à qui il est destiné ne le reconnaît pas comme le sien?
Critique
Imaginez : chaque nuit, pendant que vous dormez, quelqu'un vous transfère des souvenirs. À votre insu. C'est le malaise tranquille qu'installe Fleurs de verre d'Eve Patenaude, et cette sensation ne nous quitte pas.
Ce qui rend l'œuvre particulièrement riche pour la classe, c'est qu'elle superpose plusieurs lectures. En surface, c'est une réflexion sur le vrai et le faux, sur l'identité et l'authenticité. Plus subtilement, c'est une critique de la peur du vide, de la surestimation de la stimulation, et de l'échelle de valeurs que l'on impose aux expériences vécues — celles d'une existence normale d'un côté, celles d'une existence marquée par la maladie de l'autre. L'automate n'est pas une erreur : elle est un remède à un faux problème. L'ennui, nous dit l'album, mérite d'être apprivoisé, peut-être même valorisé.
Avec un rendu délicat, c'est un album que l'on a envie de manipuler avec soin. On baigne dans les teintes de vert sauge et de bleu pastel — des aplats froids, épurés, lumineux. C’est frais! Et pourtant, les joues et les lèvres des deux Théa sont grassement colorées au crayon de bois, d'un rouge vif et saillant qui tranche sur tout le reste. L'atmosphère sobre s'oppose aux ornements baroques des cadres de miroirs omniprésents, qui répètent et dédoublent Théa, brouillant sans cesse la frontière entre le vrai et l'artificiel.
L'album se conclut sur les deux Théa qui créent un lien — et c'est ce contact, plus que n'importe quel souvenir façonné, qui donne sa valeur au récit. Accessible dès le 3e cycle du primaire, Fleurs de verre est un album engageant et pertinent pour les adolescent.es : beau, inconfortable, et nécessaire.
Pistes pédagogiques
Discuter
Débattre de la valeur des souvenirs artificiels face aux souvenirs vécus : un souvenir façonné avec soin vaut-il un souvenir ordinaire? Qu'est-ce qu'un souvenir parfait?
Découvrir les richesses du texte
Explorer le champ lexical de la machine — automate, transfert, câble, signal, processus — et observer comment il cohabite avec le vocabulaire de la nature et du jardin. Quel effet ce contraste crée-t-il?
Enrichir son monde intérieur
Réfléchir à la valeur de l'ennui et des jours vides dans sa propre vie. Y a-t-il des souvenirs ordinaires qui ont pris de la valeur avec le temps?
Découvrir le visuel et s'en inspirer
Observer le jeu entre le texte et l'image — le cadre dans le cadre, les miroirs, les plantes et les insectes — et créer une illustration qui raconte une émotion à travers un objet du quotidien.
Note: Le 28 mars 2026, Fleurs de verre a été nommé lauréat du prix Espiègle pour les bibliothèques du secondaire (12-17 ans).
Autrice de l'article: Julie Vallée






