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Résumé d’études: Tendances et littératie numérique au Canada

Élise Ste-Marie
Bibliothécaire

HabiloMédias (anciennement Réseau éducation médias) est un organisme sans but lucratif canadien qui œuvre pour l’éducation aux médias et la littératie numérique. L’organisme offre diverses ressources pour guider les jeunes dans leur exploration des médias et pour les aider à développer leur pensée critique. Offertes en français et en anglais, ces ressources sont parfois adaptées aux programmes scolaires des différents territoires et provinces. Dans le présent article, nous vous présentons les deux plus récents rapports de HabiloMédias, soit Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase III : Tendances et recommandations et Définir la politique de littératie numérique et la pratique dans le paysage de l’éducation canadienne.

Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase III : Tendances et recommandations

En 1999, HabiloMédias a mis sur pied son premier projet de recherche Jeunes Canadiens dans un monde branché. En 2011, c’est la troisième phase de ce projet qui est lancée auprès d’enseignants, d’élèves et de parents pour rendre compte de la place qu’occupe le numérique dans la vie des jeunes canadiens. En 2013, ce sont 5 436 élèves de la 4e à la 11e année répartis dans les 10 provinces et 3 territoires qui ont pris part à une grande enquête. À la suite de cette cueillette d’information, plusieurs rapports ont été publiés et finalement un dernier rapport, intitulé Tendances et recommandations, parait en 2015. Celui-ci présente les résultats globaux de cette phase III et propose des orientations pour l’avenir.

Sites préférés des jeunes Canadiens

En 2013, les jeunes Canadiens passent plus de temps sur Internet que devant la télévision et ils y ont presque tous accès à l’école et à l’extérieur de l’école. Les appareils portatifs sont omniprésents (téléphones, ordinateurs, tablettes) et dès la 4e année, 25 % des élèves ont déjà un téléphone intelligent, ce pourcentage augmentant à 85 % en 11e année. Même si ces outils sont toujours utilisés dans les mêmes buts (divertissement et contact), ce qui a changé ces dernières années, c’est que ces actions peuvent se faire à divers emplacements physiques et tout au long de la journée.

Parmi les 50 sites les plus populaires auprès des élèves, certains sont des sites à but pédagogique qui visent un apprentissage précis (coolmath-games.com à la 29e place). Par contre, beaucoup de sites de médias sociaux se trouvent sur cette liste et c’est sans surprise qu’ils occupent quatre des dix premières places (Facebook, Twitter, Tumblr, Instagram). Cette situation s’explique aussi par le fait que les trois quarts des élèves de la 4e à la 11e année ont au moins un identifiant dans un site de réseau social, soit une augmentation de 250 % depuis 2005. Ces sites sont majoritairement utilisés pour publier des photos ou des commentaires. YouTube est le site internet le plus populaire auprès des jeunes et Wikipédia se trouve à la 10e place. YouTube est surtout utilisé par les élèves comme source de divertissement. Même si ce site encourage et promeut les utilisateurs à être producteurs de contenu, un tiers seulement des élèves y jouent ce rôle. De son côté, Wikipédia est particulièrement utilisé comme première, et souvent dernière, source d’information. Les élèves, comme plusieurs enseignants, comprennent mal la politique rédactionnelle de Wikipédia et utilisent l’information trouvée dans un article sans la vérifier auprès d’autres sources. La popularité de ce site devrait inciter les enseignants à l’étudier avec les élèves pour ne pas le « criminaliser », parfois sans raison.

Comme les jeunes utilisent de plus en plus les réseaux sociaux et qu’ils sont des consommateurs et des producteurs de contenu, HabiloMédias recommande que l’éducation numérique soit plus présente en milieu scolaire. Il faut enseigner des compétences de pensée critique pour que les élèves deviennent des utilisateurs responsables et faisant preuve d’éthique.

Il est aussi important de noter que plusieurs sites préférés des jeunes renferment plusieurs stéréotypes. Par exemple, les jeunes filles aiment le rose, la cuisine, le maquillage, les coiffures et les princesses tandis que les garçons sont tous sportifs. De plus, beaucoup de publicités sont intégrées dans les sites, que ce soit sous la forme d’argent virtuel pour faire des achats auprès de vraies compagnies ou d’annonces publicitaires ciblant un public non approprié (souvent adolescent ou adulte) sur des sites s’adressant à des jeunes de moins de 12 ans.

Le rôle de la famille et conflits en ligne

La majorité des parents interrogés pour l’enquête soulèvent de grandes inquiétudes face à la sécurité en ligne, particulièrement auprès des filles qui doivent souvent respecter plus de règles de protection à la maison.

Pourtant, même s’ils sont conscients des dangers de la communication sur les réseaux sociaux, les élèves affirment majoritairement (89 %) qu’ils n’ont jamais eu de problème. La cyberintimidation et le sextage existent et il est important de se pencher sur ces problèmes, mais ils ne viennent que rarement perturber la vie numérique des jeunes. Certaines recherches suggèrent même qu’il ne faudrait pas accorder trop d’importance aux côtés négatifs de la vie en ligne, car cela a souvent l’effet inverse et fait augmenter les comportements déviants. Il faut plutôt encourager les comportements positifs et enseigner les compétences nécessaires à la citoyenneté numérique.

Les jeunes l’affirment, la surveillance parentale ne fonctionne pas vraiment. Ça ne sert à rien de les espionner, il faut leur faire confiance. 93 % des jeunes disent que leurs parents leur font confiance et qu’ils ont bien communiqué leurs attentes. Les jeunes veulent savoir qu’ils seront là pour les conseillers et les soutenir en cas de problèmes et les considèrent comme de bonnes sources d’information sur les enjeux numériques. La très grande majorité d’entre eux partage même le contenu de leurs médias sociaux avec leurs parents, même si ce pourcentage tend à diminuer plus les enfants vieillissent.

Dans ce contexte, HabiloMédias suggère que les parents reconsidèrent leur surveillance en ligne pour garder la confiance de leurs enfants. Par contre, cela ne devrait pas les empêcher d’interdire aux enfants de publier des renseignements personnels en ligne.

Vie privée en ligne

Les jeunes ont une relation ambiguë avec la notion de vie privée en ligne. Leurs activités en ligne font la promotion de leur vie, mais ils affirment contrôler ceux qui ont accès à ces renseignements. Et, en général, ils semblent bien maîtriser les différents paramètres de confidentialité offerts par les outils.

À l’opposé, 83 % des jeunes sont « choqués » d’apprendre que les entreprises administratives des sites de médiaux sociaux ont accès à tout ce qu’ils publient et 95 % d’entre eux trouvent aberrant que leurs renseignements soient offerts à des spécialistes du marketing. Ils ont de la difficulté à comprendre que ces sites sont des sites commerciaux. Sur les 50 sites préférés listés par les jeunes dans l’enquête, un seul ne l’est pas. Même les sites à caractère éducatif sont des sites à but lucratif. Les élèves sont donc méfiants face à la publicité, mal à l’aise avec l’utilisation qui est faite de leurs renseignements personnels, mais ils utilisent abondamment les sites commerciaux.

Pour répondre à ce malaise, HabiloMédias recommande une meilleure réglementation des divers organismes de contrôle pour limiter la cueillette de renseignements personnels auprès des mineurs. Ceux-ci ont aussi besoin d’être mieux renseignés sur l’utilisation qui est faite de leurs données personnelles.

À l’école, les élèves se plaignent de la trop grande surveillance numérique dont ils sont l’objet. Ils affirment que les filtres et les logiciels de protection utilisés nuisent à leurs travaux scolaires et qu’ils ne devraient pas avoir à justifier tout ce qu’ils font. En général, les enseignants sont assez d’accord avec l’idée que les filtres nuisent parfois à leur travail et que les restrictions ne leur permettent pas d’utiliser les outils dont ils auraient besoin pour aider les élèves à développer leur pensée critique.

Selon HabiloMédias, il faut utiliser les médias sociaux à l’école à des fins d’apprentissage. Les éducateurs, comme les parents, doivent faire confiance aux jeunes tout en les guidant dans la découverte des possibilités des outils numériques.

Conflits en ligne

Même si peu d’élèves disent vivre des conflits en ligne, ceux qui en sont victimes ne se sentent pas toujours à l’aise de le dénoncer. Ceci pourrait en partie être dû aux politiques de tolérance zéro des écoles. En effet, les élèves ne se sentent pas protégés à l’école, ils trouvent souvent que les réactions sont excessives et n’osent pas se confier à des enseignants, car ils savent que celui-ci sera obligé de tout divulguer aux autorités concernées.

Les écoles doivent aider les jeunes « à établir de saines relations et à acquérir des habiletés de résolutions de conflits, les écoles doivent produire des réponses plus ciblées, axées sur le respect des besoins des élèves en matière de confidentialité et de contrôle. » (p. 17) Les écoles devraient donc peut-être revoir leur façon de réagir face aux conflits engendrés par le numérique.

En matière de harcèlement en ligne, les garçons admettent plus facilement avoir fait preuve de méchanceté, et disent le faire plus souvent en blague. De leur côté, les filles signalent plus souvent les méchancetés écrites à leur sujet et elles disent agir le plus souvent en réplique à d’autres méchancetés. Les jeunes ne semblent pas bien saisir les conséquences qui peuvent résulter de leur comportement en ligne et les interventions à faire auprès d’eux devraient valoriser le dialogue respectueux.

Comme les jeunes l’affirment, les réponses face aux conflits en ligne doivent être nuancées et appropriées à chaque situation. Il faut habiliter les élèves à la résolution de conflits et à développer de saines relations en ligne basées sur le respect. HabiloMédias recommande l’approfondissement des facteurs de vulnérabilité (sexe, handicap, race, orientation sexuelle, etc.) et incite les écoles à réévaluer les politiques de tolérance zéro.

L’avenir

En plus de présenter en annexes toutes les recommandations tirées des différents rapports de la phase III de l’enquête Jeunes Canadiens dans un monde branché, le présent rapport tire des leçons pour l’élaboration de programmes et ressources sur la littératie numérique et l’éducation en matière de confidentialité, en plus de formuler des recommandations de politiques liées à Internet.

  • Remettre en questions la connectivité permanente.
    • De 20 % à 50 % des jeunes dorment avec leur téléphone cellulaire et 35 % des jeunes s’inquiètent de passer trop de temps en ligne.
    • La littératie numérique devrait donc inclure la question de la santé physique et mentale.
  • Confrontation avec la réalité concernant le sextage.
    • Les recommandations pour les gouvernements, les écoles et la société en général devraient aborder le sextage :
      • Faire comprendre que le sextage et la transmission de sextos ne sont pas des activités normatives.
      • Enseigner aux jeunes comment reconnaître et tisser des relations saines et souligner le fait que de faire pression sur un partenaire pour qu’il ou elle envoie des sextos est inacceptable.
      • Tenir compte des normes sexospécifiques.
  • Tenir compte des différences entre les sexes.
    • Les filles et les garçons ne réagissent pas de la même façon face à un problème numérique, ne cherchent pas de l’information de la même façon et ne publient pas le même type de contenu sur les réseaux sociaux.
  • Prendre au sérieux la confidentialité en ligne et en classe.
    • Créer des espaces en ligne anonymes à des fins non commerciales où les jeunes peuvent interagir sans être constamment surveillés.
    • Revoir les avantages et les inconvénients liés aux politiques axées sur la surveillance.
  • Remplacer la surveillance et les politiques de tolérance zéro par l’empathie et le sens des responsabilités.
    • Mettre l’accent sur l’intégration au programme d’enseignement de notions sur l’établissement de saines relations et sur le respect et l’empathie à l’égard des autres.
  • Intégrer l’enseignement de la littératie numérique
    • Intégrer l’enseignement de la littératie numérique dans les programmes scolaires.
    • Offrir aux parents des ressources pour aborder avec leurs enfants diverses questions concernant la vie numérique.

Steeves, Valerie. (2014) Jeunes Canadiens dans un monde branché, Phase III : Tendances et recommandations. Ottawa : HabiloMédias.

Ce rapport peut être téléchargé à http://habilomedias.ca/jcmb

 

Définir la politique de littératie numérique et la pratique dans le paysage de l’éducation canadienne

L’avènement du numérique a mené à la création d’une nouvelle forme de littératie. En plus de l’alphabétisation imprimée, on développe maintenant de nouveaux comportements, capacités et compétences – comme un savoir-faire technique, la pensée critique, un comportement éthique, la validation de sources, etc – grâce à la littératie numérique. Les utilisateurs deviennent des « prosommateurs » c’est-à-dire des producteurs et des consommateurs de contenus sur le Web 2.0.

Le paysage numérique change rapidement et les systèmes scolaires essaient de s’adapter à toutes ces mouvances, mais ils ont rarement le temps de faire le point, car la technologie n’arrête pas.

Dans cette optique, ce document a deux buts :

  1. « […] cerner les points de convergence et divergence dans le paysage des politiques provinciales et territoriales de littératie numérique au Canada. » (p. 2)
  2. « […] résumer les principales idées et la pédagogie numérique efficace au pays afin d’articuler et de délimiter le vaste paysage des politiques et des pratiques naissantes en matière de littératie numérique au Canada. » (p. 3)

La littératie numérique est difficile à définir car, évolutive, elle est une combinaison de capacités technologiques, de compétences intellectuelles et de comportements éthiques. HabiloMédias la définit comme étant  « […] une vaste capacité de participer à une société qui utilise la technologie des communications numériques dans les milieux de travail, au gouvernement, en éducation, dans les domaines culturels, dans les espaces civiques, dans les foyers et dans les loisirs. » (p. 5) HabiloMédias donne à la littératie numérique trois éléments de base :

1- Utiliser

  • Acquérir des connaissances techniques permettant d’utiliser aisément l’ordinateur ou l’Internet.
  • Point de départ pour permettre le développement approfondi de la littératie numérique.

2- Comprendre

  • Acquérir un ensemble de compétences pour saisir, mettre en contexte et évaluer avec circonspection les médias numériques.
  • Savoir reconnaître de quelle manière les nouvelles technologies agissent sur notre comportement, nos perceptions, nos croyances et nos sentiments.

3- Créer

  • Savoir produire des contenus et communiquer efficacement en utilisant divers outils et médias numériques.
  • Jouer pleinement son rôle de citoyen en contribuant activement à la société numérique.

 

Paysages et mise en œuvre de la littératie numérique dans les programmes des provinces et des territoires canadiens

Tous les territoires et provinces reconnaissent l’importance de l’apprentissage numérique, mais l’appliquent différemment. Les programmes de littératie numérique et de citoyenneté numérique sont souvent jumelés, car l’école a un rôle important à jouer en matière de socialisation et d’éducation à la citoyenneté. Les programmes des territoires et des provinces du Canada adhèrent tous à une certaine forme de littératie numérique, mais l’importance qui lui est accordée est très différente.

Dans la mise en oeuvre de la littératie numérique, quatre approches ressortent des études des programmes scolaires.

Infusion

Cette approche, particulièrement utilisée au Manitoba et dans les Territoires du Nord-Ouest, intègre la littératie par les TIC dans l’ensemble des programmes à travers un continuum, car cette littératie en est une parmi plusieurs qui nécessitent de nouvelles compétences et des comportements appropriés. L’infusion a comme principe qu’il n’est plus possible de recueillir, produire et communiquer de l’information sans utiliser des outils numériques. L’apprentissage se fait donc par les TIC et l’approche permet de faire le lien entre les pratiques traditionnelles et numériques de la littératie.

Dans les Territoires du Nord-Ouest, cette approche se traduit dans un cercle holistique où l’on retrouve 5 compétences essentielles qui « unit la collectivité, la maison, le travail et l’école et aussi les trajectoires de vie individuelles qui comprennent des dimensions psychologiques (soi), sociales (autres) et spirituelles ainsi qu’une reconnaissance du contexte physique (terrain). » (p.19)

Ces 5 compétences sont :

1- Structurer l’identité dans des contextes multiples.

2- Participer activement à l’intelligence collective et à l’intérêt commun durable.

3- Développer la littératie et réfléchir de façon critique.

4- Utiliser, résumer et créer des produits d’information de façon éthique et au moyen d’outils actuels et émergents.

5- Communiquer efficacement avec divers publics.

Au Manitoba, il n’y a pas de programme distinct pour la littératie par les TIC, mais elle est présente dans l’ensemble du programme, particulièrement par « l’enquête ». L’évaluation de la littératie par les TIC se fait selon le continuum et l’élève est invité à s’autoévaluer et à participer au processus d’apprentissage. L’évaluation est vue comme une aide pour faire le suivi des capacités et des compétences. Ce continuum est divisé entre les domaines cognitif (planifier, questionner, rassembler et comprendre, produire, communiquer et réfléchir) et affectif (éthique et responsabilité, répercussions sociales, collaboration, motivation et confiance). Finalement, le continuum comprend trois étapes et les contenus s’enrichissent d’une année scolaire à l’autre :

1- Connaître, comprendre et prendre connaissance.

2- Analyser, appliquer et croire.

3- Résumer, évaluer et apprécier.

Compétences transversales

Cette approche, particulièrement au Québec, mais aussi présente en Colombie-Britannique et en Saskatchewan, accorde une grande importance au processus de réflexion et d’apprentissage dans l’ensemble du programme. Les compétences transversales doivent se retrouver dans tous les domaines disciplinaires, mais ne sont pas évaluées distinctement. Elles le sont à travers les autres apprentissages spécifiques. Les enseignants doivent en tenir compte dans leur planification, car elles peuvent être facilement mises de côté.

Au Québec, le Programme de formation de l’école québécoise (PFEQ) compte 3 volets : instruire, socialiser et qualifier. Le développement social est donc aussi valorisé que le volet intellectuel. Ce développement fait la promotion des valeurs démocratiques et encourage la participation civique pour favoriser un sentiment d’appartenance à la collectivité. Vivre ensemble et citoyenneté et Médias sont deux des cinq domaines généraux de formation qui touchent particulièrement ce développement et où des éléments de la citoyenneté numérique se retrouvent.

La littératie numérique vient aussi s’insérer dans ce développement social, car elle sera utilisée tout au long de la vie professionnelle et citoyenne. Le PFEQ compte neuf compétences transversales réparties en quatre ordres (intellectuel, méthodologique, personnel et social, et de la communication). Même si les compétences « Exploiter les technologies de l’information et de la communication (TIC) » et « Exploiter l’information » touchent plus directement la littératie numérique, les compétences transversales s’appuient toutes les unes sur les autres.

De son côté, la Colombie-Britannique a adapté les six compétences des normes de l’International Society for Technology in Education (ISTE). Ces compétences sont présentes dans un curriculum numérique et devraient être intégrées dans l’enseignement de toutes les disciplines.

Intégration

Dans cette approche de la littératie numérique, il existe un programme de TIC distinct de la maternelle à la 12e année où une maîtrise des résultats est attendue. Ce programme stipule que les TIC devraient être utilisées lorsque jugées nécessaires et qu’il est plus facile de les enseigner parallèlement à un autre sujet que seules, même s’il y a un programme à respecter. Au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, la maîtrise des compétences est évaluée à la fin de chaque année scolaire, et en Alberta et en Nouvelle-Écosse, c’est à la fin d’une division scolaire.

En Nouvelle-Écosse, une force opérationnelle sur l’intimidation et la cyberintimidation a été créée en 2012 à la suite d’une série de suicides. Elle ne se veut pas punitive, mais veut « […] plutôt élaborer une approche réparatrice et coopérative de l’intimidation qui met l’accent sur l’unité et le respect. » (p. 33) La cyberintimidation ne se limite pas aux murs de l’école et elle étend ses tentacules à l’extérieur de ses murs. La littératie numérique et la citoyenneté numérique sont donc deux sujets très importants qui doivent être enseignés à l’école pour enrichir les apprentissages sociaux et émotionnels.

L’Alberta va encore plus loin dans l’intégration avec son programme « Apportez votre équipement personnel de communication (AVEC) ». Le but de ce programme est de combler l’écart entre l’école et le jeu, entre la détente et l’expérimentation. Ainsi, l’élève est familier avec l’ensemble de ses outils de travail et les apprentissages faits sur la citoyenneté numérique, la nétiquette et le franc jeu sont plus facilement appliqués à l’école et à la maison. Le rôle de l’enseignant est de superviser et d’encadrer le déroulement des activités d’apprentissage. Cette politique et sa mise en oeuvre, comme la politique de citoyenneté numérique, sont laissées aux différentes autorités scolaires et son application peut donc varier d’une école à l’autre.

Dispersion

En Ontario et au Yukon, la littératie numérique est importante, mais ne se retrouve explicitement que dans certains domaines de formation. Dans ces domaines précis, des résultats spécifiques seront attendus, mais les programmes ne font que recommander l’utilisation des TIC dans les autres domaines.

En Ontario, ce sont les bibliothèques scolaires qui ont beaucoup occupé le créneau de la littératie numérique en n’étant plus seulement des gardiennes traditionnelles des connaissances, mais en devenant des actrices essentielles dans l’enseignement des compétences de recherche et dans l’exercice des aptitudes au jugement critique. L’Ontario School Library Association (ASLO) travaille à la transformation des bibliothèques traditionnelles en centres de ressources qui offrent un environnement riche en technologie, un accès facile à l’information et facilite le partage et le travail collaboratif. L’OSLA encourage même les écoles à réfléchir à la restructuration de leur modèle dans une approche scolaire globale.

 

Explorer le terrain de la littératie numérique au Canada : tendances et pratiques exemplaires dans les écoles

Les territoires et les provinces ont chacun leur façon de définir et d’appliquer le concept de littératie numérique dans les programmes d’éducation et sur le terrain. Au niveau micro, les enseignants utilisent toutes sortes de méthodes pour intégrer les technologies dans leur enseignement.

Dans l’apprentissage, le rôle de l’enseignant change pour devenir celui de guide, d’accompagnateur, plutôt que de transmetteur de connaissances. Il doit guider l’élève dans son apprentissage de façon à ce qu’il soit intéressé par la tâche. Cette tâche doit donc être flexible, significative et personnalisée. Pour ce faire, la technologie est un outil qui permet d’impliquer l’élève tout au long du processus et qui donne des résultats authentiques qui pourront être diffusés. Dans ces tâches de littératie numérique, le travail et le jeu sont intimement liés.

Voici quelques stratégies de tâches numériques les plus souvent utilisées.

Production de médias

  • Production d’un artefact numérique à l’aide de différents outils technologiques où les élèves s’engagent « […] dans la création de connaissances où ils testent de nouvelles situations dans le cadre d’expériences concrètes alors qu’ils s’investissent dans des concepts abstraits par un processus d’observation et de réflexion. » (p. 36)
  • Les élèves peuvent travailler à leur propre rythme, n’importe quand et n’importe où (dématérialisation du lieu).
  • La production médiatique se retrouve sous plusieurs formes :
    • Blogage : Permet de créer un dialogue et de créer une communauté à l’intérieur de la classe. Cette activité journalistique oblige l’élève à bien étoffer ses opinions et donc à s’approprier plusieurs aspects de la citoyenneté numérique.
    • Microblogage : À l’aide d’outils comme Twitter, Tumblr ou Instagram, le microblogage, par de courts énoncés ou par l’utilisation d’images, engage un dialogue sur plusieurs sujets.
    • Blogage vidéo (vlogue) : L’enregistrement de discours oraux dans le but d’informer ou de démontrer permet un apprentissage différencié, car la production n’est pas faire en direct et les résultats sont concrets pour l’élève.
    • Baladodiffusion : La forme de l’émission de radio oblige l’élève à réfléchir au message qu’il veut transmettre et au public qu’il veut rejoindre.
    • Romans illustrés et bandes dessinées : La bande dessinée, pour certains élèves, permet la découverte de la lecture. La combinaison des mots et des images à l’aide d’outils numériques de création fait en sorte que l’élève devient acteur de sa propre histoire et son engagement personnel n’en est que plus grand.
    • Narration numérique : La narration numérique permet le mélange de plusieurs genres et se présente souvent comme une production multimédia.

Le jeu

  • Selon plusieurs recherches, l’utilisation du jeu en classe permet d’amener la littératie extérieure dans la classe. Se retrouvant dans des situations familières, les élèves s’engagent alors beaucoup plus dans des tâches complexes de façon collaborative en communiquant et en utilisant la pensée critique.
  • Les tâches utilisant le jeu augmentent la concentration des garçons et encouragent les filles à s’engager davantage dans ce type de pratique.

Le codage

  • Le but du codage est de concevoir des programmes ou des jeux de A à Z.
  • La motivation dans ce type de stratégie est très grande, car les résultats sont applicables. C’est une forme de « méta-apprentissage ».

Faire – Le mouvement « faites-le-vous-même »

  • Cette stratégie d’apprentissage par le jeu implique la fabrication de toutes sortes de « choses » dans un but précis et pour un public cible à l’aide d’outils technologiques (ensembles de robotiques, imprimantes 3D, etc.).
  • Ces activités se font souvent en partenariat avec des entreprises, car le matériel est très dispendieux et elles demandent de grands lieux d’apprentissage ouverts.
  • Les tâches sont complexes et demandent des habiletés supérieures. Les enseignants ont souvent besoin d’accompagnement pour le développement de compétences techniques afin d’intégrer ces pratiques à la pédagogie.

Ces stratégies d’enseignement qui s’insèrent dans l’enseignement de la littératie numérique demandent aussi à ce que les modèles d’enseignement changent. Que ce soit en face à face, en ligne ou à distance, trois modèles d’apprentissage prévalent :

1- Le modèle mixte :

  • Ce modèle « intègre la mobilité des technologies numériques à des espaces d’apprentissage traditionnels. Il permet l’apprentissage réseauté, la collaboration et l’accès continu à du matériel d’apprentissage personnalisé. » (p. 43)
  • Pour que l’apprentissage soit maximisé, il faut que le contenu numérique soit toujours accessible et disponible.

2- Le modèle renversé :

  • Dans ce modèle, l’enseignement de connaissances se fait dans l’espace personnel de l’élève (à la maison) par le biais de la recherche d’information sous toutes sortes de formes.
  • La classe, l’environnement d’apprentissage traditionnel, devient le lieu où l’élève prend le temps de satisfaire sa curiosité, de consulter du contenu et d’établir des relations.
  • Ce modèle pourrait aggraver le fossé numérique entre les élèves qui ont peu ou pas accès aux technologies à l’extérieur de l’école et augmenter le temps accordé aux travaux scolaires, mais il permet aussi de créer des apprentissages à caractère social dans les écoles et d’apporter du soutien à ceux qui en ont le plus besoin.

3- Le modèle hybride :

  • Ce modèle se retrouve surtout dans les écoles secondaires et il est un mélange de l’enseignement face à face, de l’enseignement virtuel, du modèle mixte et du modèle de la classe renversé. C’est-à-dire que lors de la présence en classe des élèves, la communication avec les enseignants et entre les élèves est avantagée, tout comme le travail de groupe et l’apprentissage axé sur les projets. Les activités comme les lectures, l’écoute de vidéos et l’utilisation de contenu numérique individuelle sont réservées pour l’extérieur de la classe.
  • Ce modèle est extrêmement flexible si les accès aux outils numériques sont facilités.

 

Rôle de l’enseignant

Tous ces changements dans les modèles d’apprentissages et dans les tâches demandées à l’élève font en sorte que le rôle de l’enseignant doit aussi évoluer et s’adapter à cette nouvelle réalité. Comme toujours, il est prouvé que la qualité de l’enseignement est garante des résultats. C’est pourquoi l’enseignement à l’aide des technologies numériques demande un perfectionnement professionnel des enseignants pour qu’ils développent un leadership pédagogique. Ce leadership pédagogique doit provenir de communautés de pratiques qui permettent l’échange d’idées et l’engagement dans les espaces numériques. « L’apprentissage professionnel doit traiter de l’apprentissage technique et pédagogique applicable à l’intégration de la littératie numérique dans les classes. » (p.52)

Trois modèles de développement professionnels peuvent aider les enseignants à acquérir ces nouvelles compétences.

  • Le modèle novateur demande à ce que l’enseignant collabore à des réseaux de professionnels pour partager du matériel et réduire le sentiment d’isolement. Ces réseaux (Association canadienne d’éducation, CANeLearn, iEARN Canada, etc.) offrent un soutien continu et plusieurs pistes d’innovation.
  • Le modèle de base où un expert transfère des connaissances à des praticiens se transpose dans les mouvements comme les EdCamp et les MOOC. Ces activités sont gratuites, ouvertes et facilement accessibles. On y participe parce qu’on aime apprendre, mais pour que l’expérience soit réussie, l’engagement de tous les participants est important.
  • Le modèle social permet à différents intervenants de discuter sur les réseaux sociaux à l’extérieur du travail quotidien. Ces conversations entre éducateurs aux expériences très diverses permettent d’avoir des conversations approfondies. De plus, l’enseignant montre l’exemple aux élèves en se familiarisant avec les médias sociaux et en les utilisant pour apprendre et développer son jugement critique.

L’enseignant est maintenant un concepteur, car il crée des produits d’apprentissage utilisant la technologie. L’aisance technologique ne devrait pas être vue comme une nouvelle couche à ajouter dans les pratiques. Elle vient plutôt remplacer des pratiques traditionnelles qui sont plus ou moins compatibles ou efficaces dans l’enseignement de la littératie numérique.

L’enseignant devient aussi le curateur des ressources et du matériel qu’il a créés, co-créés et partagés. Pour être retrouvés facilement, ces ressources et ce matériel doivent être regroupés en collections organisées. Comme ce rôle demande du temps, il est important de travailler en réseau pour développer des espaces et des activités permettant un apprentissage individualisé et modulaire. Pour l’aider dans cette tâche, les bibliothécaires et les éditeurs de contenu, entre autres par la création d’espaces ouverts et accessibles numériques ou réels, sont de précieux alliés.

L’enseignant est aussi un activateur, c’est-à-dire qu’il est un agent de changement passionné et actif, capable d’amener l’élève à se dépasser et à s’impliquer dans son processus d’apprentissage. Pour jouer ce rôle, les technologies numériques sont essentielles, car elles permettent une rétroaction rapide de l’enseignant ou des pairs. Les projets sont ouverts et accessibles sur le réseau et permettent un enseignement réciproque.

Si le rôle de l’enseignant change, il en va de même de l’évaluation. L’évaluation formative devient de plus en plus importante, car elle permet l’amélioration de l’apprentissage en permettant à l’élève d’ajuster son approche, de corriger certaines erreurs et de mieux comprendre la tâche. Cette rétroaction doit donc se faire rapidement et provenir de plusieurs sources (enseignants, pairs, experts externes). C’est tout le processus qui est évalué et pas seulement le résultat final, car ce résultat découle de diverses tâches complexes.

 

Tendances

À la suite de tous ces changements, quelles seront les tendances sur le terrain des technologies numériques en éducation? Ces tendances devront prendre en compte l’espace physique où l’enseignement et l’apprentissage se font, qui n’est plus nécessairement le seul local classe.

  • Appareils portatifs et AVEC
    • Pour gérer les différents outils utilisés par les élèves, certains d’entre eux pourraient devenir des experts en classe auprès des autres élèves utilisant les mêmes outils.
    • Pour éviter de creuser davantage le fossé numérique, il faudra rendre accessible le prêt d’appareils.
    • Pour éviter les effets négatifs, il faudra que les élèves respectent un contrat d’utilisation et que l’école ait une politique scolaire sur les biens personnels. De plus, la sûreté et la sécurité des renseignements des élèves devront être une priorité.
  • Tableaux interactifs
    • Ils favorisent l’interaction avec le contenu et l’engagement des élèves.
    • Pour utiliser ces outils à leur plein potentiel, il faudra veiller à bien former les enseignants. Les utiliser en tant que projecteur ne justifie pas l’investissement financier.
  • Environnement numérique ouvert
    • Les technologies infonuagiques doivent être mises de l’avant, car elles permettent une accessibilité facile et rapide aux produits d’enseignement et d’apprentissage.
    • Ces technologies représentent quand même un défi pour les établissements scolaires en ce qui a trait à la sécurité, à la gestion des données, au respect à la vie privée et à la gérance des permissions d’accès.
    • Elles permettent de développer la collaboration entre les enseignants et les élèves.
  • Augmenté
    • Augmenter le terrain de la classe physique en une classe virtuelle pour favoriser les échanges d’informations à l’aide de différents outils numériques émergents.
    • Favoriser les échanges de renseignements avec les parents, les représentants scolaires, un élève à l’autre bout du monde…
    • Créer de nouvelles occasions de communiquer, de collaborer, de créer.

 

Conclusion

Le rapport souhaitait présenter un aperçu des pratiques dans les écoles canadiennes pour favoriser des échanges et des réflexions sur l’enseignement et l’apprentissage au XXIe siècle. Même si la vision des provinces et des territoires canadiens sur la littératie numérique et son application diffère, il est important que cette vision en soit une à long terme. Les enseignants attendent des stratégies de mise en œuvre des décideurs de leur ministère de l’éducation et ils ont besoin d’être accompagnés dans cette transition.

 

Hoechsmann, Michael, DeWaard, Helen. (2015) Définir la politique de littératie numérique et la pratique dans le paysage de l’éducation canadienne. Ottawa : HabiloMédias.

Disponible au : http://habilomedias.ca/sites/mediasmarts/files/publication-report/full/definir-litteratie-numerique.pdf

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