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TIC, TIC, TIC, la bibliothèque scolaire numérique: Le livre numérique dans les écoles: il est temps d’agir

Article écrit par Viviane Morin, bibliothécaire, Commission scolaire de Saint-Hyacinthe.

Vers une plateforme de gestion de livres numériques dans les écoles

État de la situation en Montérégie

Au mois de juin dernier, j’annonçais à mes directions que pour chaque livre numérique acheté avec le budget du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) une autorisation devait être préalablement accordée par l’éditeur dépendamment de l’utilisation prévue par l’école. Une démarche pouvant prendre jusqu’à quarante-huit heures et devant être répétée pour chaque exemplaire. État de choc total. Je venais de lancer une bombe. J’imagine que la question du livre numérique se propage également dans vos milieux. À petits pas, le processus d’acquisition se facilite et le scolaire se dirige vers une plateforme de prêts de livres numériques. À mon avis, il est fondamental que cette plateforme réponde à nos besoins scolaires et que le dossier ne nous glisse pas entre les doigts, à nous bibliothécaires, techniciens et autres spécialistes de la gestion de l’information. En Montérégie, nous avons présenté l’état de la situation du livre numérique aux directions des commissions scolaires afin de solliciter leur appui dans l’avancement du dossier. Le résultat de cette rencontre sera dévoilé plus loin. L’article tentera également de répondre aux questions suivantes: quel est présentement (car le dossier évolue rapidement) l’état de la situation du livre numérique en milieu scolaire? Le livre numérique à l’école, qu’est-ce qui est permis? Comment une école peut-elle se procurer un livre numérique? Quelles sont les problématiques liées à la gestion des livres numériques? Comment améliorer la situation: quelques pistes de réflexion? Enfin, quelles actions ont été prises dans les milieux? Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’un livre numérique?

Qu’est-ce qu’un livre numérique

Le livre numérique est un fichier. Un fichier numérique. Il nécessite un espace pour l’entreposer ainsi qu’un programme pour l’ouvrir et le lire. Le livre numérique doit être téléchargé sur un support de lecture numérique: tablette, liseuse, iPad ou ordinateur. Certains l’entreposent sur une clé USB. La plupart des logiciels de lecture sont gratuits et facilement téléchargeables sur une tablette (exemple: Adobe Digital Edition, Bluefire reader, etc.). L’installation peut toutefois s’avérer plus ardue sur un ordinateur. Tout dépend de l’ordinateur utilisé et des connaissances informatiques de la personne procédant à l’installation. L’aide d’un informaticien est souvent demandée lors du processus. Les formats de livres numériques les plus répandus sont le PDF et l’EPUB. Plusieurs fichiers numériques sont soumis à un DRM (Digital Right Management) appelé verrou numérique protégeant les livres numériques contre les copies illégales. Le verrou limite toutefois, de façon considérable, le format du fichier. Par exemple, Word Q (logiciel de prédiction de mots, reconnaissance vocale et de rétroaction vocale, utilisée avec les élèves en adaptation scolaire) ne fonctionne pas quand il y a un verrou. De plus, la double page ne s’affiche pas. Élément problématique lors de la lecture d’un album, par exemple.

Petit jeu-questionnaire sur l’utilisation du livre numérique en milieu scolaire

  1. 1. Le livre numérique est-il soumis à la Loi sur le droit d’auteur?
  2. Oui. Il n’est pas permis de faire plusieurs copies d’un même titre, c’est-à-dire de télécharger le même titre sur plusieurs supports, par exemple, sur sa tablette et son ordinateur ou sur toutes les tablettes des élèves. Attention, l’école est tenue responsable des copies illégales effectuées.

  3. 2. La loi du livre s’applique-t-elle au livre numérique?
  4. Pour l’instant, non. Mais, nous suggérons tout de même, par respect de l’esprit de la Loi, de choisir une librairie agréée de sa région administrative qui facturera l’école.

  5. 3. Est-il permis de projeter sur TNI un livre numérique acheté?
  6. Cela dépend de l’autorisation accordée par l’éditeur.

  7. 4. Est-il permis de projeter sur TNI un livre emprunté à une bibliothèque municipale?
  8. Non. Les licences accordées aux bibliothèques municipales ont été prévues pour un usage individuel seulement. C’est-à-dire 1 livre = 1 usager.

Comment se procurer des livres numériques?

La mesure 30270 du Plan d’action sur la lecture autorise l’achat de livres numériques, mais deux contraintes s’imposent. Premièrement, pour chaque exemplaire acheté, l’éditeur doit donner son autorisation afin que le livre soit facturé au nom de l’école. Dépendamment de l’usage prévu (TNI, Word Q, iPad, clé USB, etc.), l’éditeur accorde ou non la vente du livre. Toutefois, pour simplifier le processus, les Librairies indépendantes du Québec (LIQ) offrent le service d’ouvrir un compte institutionnel et de demander les autorisations auprès des éditeurs pour l’école (1). Deuxièmement, l’introduction du livre numérique se fait, pour l’instant, au détriment du livre papier. Le livre papier répond encore à de nombreux besoins, mais doit dorénavant partager son budget. Une nouvelle mesure pour le livre numérique permettrait d’enrichir les collections, rejoindre différents publics en plus de créer une demande significative sur le marché. L’offre en livre numérique ne pourra que s’améliorer. Le gouvernement aurait ici un rôle crucial à jouer.

Problématiques liées à la gestion des livres numériques

Une fois le livre numérique acheté, encore faut-il l’entreposer. À la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, le scénario le plus commun est de déposer les livres sur un ou plusieurs iPad. Certains choisiront de les déposer sur un ordinateur, souvent l’ordinateur de l’enseignant. Encore faut-il rendre cet ordinateur accessible aux autres élèves. Certains préfèreront mettre un livre sur un port USB. Il faut alors s’assurer que les enseignants et les élèves comprennent les conséquences légales liées au téléchargement des livres. Le livre doit demeurer sur la clé et ne pas être déposé sur aucun autre support. Rappelons que certains formats ne sont pas compatibles avec Word Q. Enfin, en tant que bibliothécaires, nous comprenons que ces mesures sont temporaires et qu’elles ne sont pas viables à long terme. Elles ne permettent pas d’organiser les ressources ni de les rendre accessibles au prêt ni d’émettre des statistiques sur les collections.

Vers une plateforme de gestion de livres numériques sachant répondre aux besoins des écoles

Compte tenu des problématiques reliées au processus d’acquisition du livre numérique et de gestion de ces livres numériques, il tarde d’offrir en milieu scolaire une plateforme de prêt de livres numériques adapté aux particularités du milieu scolaire. La tâche n’est pas simple. Plusieurs joueurs sont impliqués dans le dossier. Chaque décision doit être entérinée par plusieurs joueurs: De Marque, les éditeurs, les libraires, les créateurs, la GRICS, etc. Nous, bibliothécaires, sommes porteurs de l’utilisation et de l’accès pédagogique à ces ressources. Notre rôle est essentiel dans le dossier. Voici quelques éléments à considérer:

  • Budget. La question du budget est incontournable. Cette plateforme sera-t-elle centralisée, décentralisée? Considérant les frais d’hébergement et d’installation très importants, je suis d’avis que les écoles bénéficieraient de la centralisation des ressources. Encore doivent-elles allouer une partie de leur budget pour l’acquisition des documents numériques. Une mesure dédiée spécifiquement aux livres numériques s’impose alors.
  • Verrou numérique. Quelle alternative aux verrous numériques? Rappelons que les DRM limitent considérablement le format.
  • Cantook Station (plateforme très semblable à pretnumerique.ca conçue pour le scolaire). Si le scolaire tend vers une plateforme semblable à pretnumerique.ca offerte en bibliothèque municipale, il est essentiel de l’adapter à la réalité du milieu scolaire. Pensons à l’installation des logiciels de lecture assez complexe pour les élèves, ainsi qu’au processus de prêt par courriel. Il faut aussi prévoir l’acquisition de tablettes ou de liseuses. Enfin, la formule «un livre pour un usager» est inadéquate en milieu scolaire. Il est essentiel de prévoir la possibilité du prêt simultané. C’est-à-dire, d’emprunter une dizaine de livres en même temps. Il va sans dire que les bibliothèques municipales acquièrent un livre numérique pour cinquante-cinq prêts. Après ce nombre de prêts, les livres doivent être achetés de nouveau. En milieu scolaire, il est indispensable de négocier des licences permettant davantage de prêts.
  • Base de données infonuagique. Je crois qu’il importe d’envisager sérieusement le développement d’un type de plateforme infonuagique. Cette alternative permettrait d’accéder à une collection de livres dans le nuage à laquelle on accèderait par un nom d’usager et mot de passe. Ce processus simplifierait considérablement l’accès aux ressources numériques. Il s’agit de penser à l’installation des logiciels de lecture ainsi qu’au téléchargement des livres qui peuvent se révéler très ardus pour un élève. De plus, ce type de plateforme permettrait d’accéder facilement à la collection, et ce, à partir de n’importe quel engin supportant internet. L’inconvénient se situe au niveau de l’offre. Nous devenons tributaires des livres offerts.
  • Actions prises dans les milieux

    Quelques initiatives voient le jour au sein des commissions scolaires pour développer une plateforme de prêt. Il s’agit, pour l’instant, de démarches individuelles. Le gouvernement agit uniquement à titre d’observateur et aucun consortium n’est établi.

    Vous n’êtes pas sans savoir que la GRICS en partenariat avec DeMarque a proposé un projet pilote aux commissions scolaires du Québec. À ce jour, trois commissions scolaires ont été sélectionnées, dont la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-îles. Ce projet pilote a pour but de tester une plateforme de prêt semblable à celle que l’on trouve en bibliothèque municipale, mais avec la possibilité d’un prêt simultané. Lyne Rajotte de la Commission scolaire des Mille-Îles a également organisé une rencontre en octobre dernier pour ouvrir les discussions entre le milieu scolaire et celui du livre. Il y avait lors de cette rencontre: L’Association des libraires du Québec, Les Librairies indépendantes du Québec, La GRICS, De Marque, quelques Commissions scolaires ainsi que Daniel Germain du MELS en tant qu’observateur. Un article dans ce présent numéro décrit le résultat de cette rencontre.

    En Montérégie, Nancy Lusignan, bibliothécaire à la Commission scolaire des Hautes-Rivières, Carolyn Roy, bibliothécaire à la Commission scolaire Marie-Victorin et moi-même, Viviane Morin, bibliothécaire à la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe, avons été invitées à présenter l’état de la situation en février dernier aux directions des commissions scolaires de la Montérégie. Nous leur avons exprimé nos inquiétudes, telles que présentées dans cet article. Notre présentation a été très bien accueillie et les directions de la Montérégie ont décidé que le dossier du livre numérique deviendrait une priorité transversale 2014-2015. Par conséquent, chaque commission scolaire développera un dossier de travail commun aux services informatiques, légaux et pédagogiques. Un avis sera également rédigé par la table montérégienne des bibliothécaires et remis aux directions.

    À mon avis, il y aurait de gros avantages à travailler en collaboration dans le dossier du livre numérique. Si les commissions scolaires s’unissent et vont chercher l’appui du gouvernement, nous pourrons avoir plus de poids lors des négociations. De Marque exerce un pouvoir de monopole, contre lequel une poignée de commissions scolaires a bien peu d’influence… Il faut craindre l’inflation de leurs prix. Ne sommes-nous pas spécialisés en gestion de l’information? Voilà un beau dossier de bibliothécaires à prendre avant qu’il ne nous glisse entre les doigts. Travaillons de concert avec les autres spécialistes (informaticiens, services juridiques) des commissions scolaires pour offrir un accès aux ressources numériques sachant répondre aux besoins de nos usagers. Il s’agit d’éducation, il s’agit de l’avenir des bibliothèques scolaires, il est temps d’agir!

    (1) Informez-vous auprès de Daniel Grenier, webmestre à la LIQ webmestre@livresquebecois.com

    Pour consulter l’ensemble des textes de ce dossier en version PDF, cliquez ici.

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