Pour les membres

Suivre l’actu numérique

Livres et autres ressources documentaires numériques en milieu scolaire: suivre les développements

Faire un don à l’APSDS

Suivre l'APSDS

Suivre l’APSDS / courriel

Pour recevoir les mises à jour du site par courriel:

Notre site

Sauf indication contraire, tout ce qui se retrouve sur ce site est sous license Creative Commons de type Attribution - Non commerciale - Partage à l'identique 2.5 Canada.

Sauf indication contraire, tout ce qui se retrouve sur ce site est sous license Creative Commons de type Attribution - Non commerciale - Partage à l'identique 2.5 Canada.

Les textes et documents accessibles seulement aux membres ne sont pas inclus.

TIC, TIC, TIC, la bibliothèque scolaire numérique: La stratégie des petits pas

Article écrit par Nadine Beaudin, bibliothécaire conseillère, Commission scolaire Riverside.

Je travaille à la Commission scolaire Riverside depuis 2011. Au moment de mon embauche, la question de l’intégration des technologies et de l’offre de ressources numériques dans nos bibliothèques n’était pas à l’ordre du jour. En fait, on partait de loin dans ce dossier… À mon grand désespoir, j’ai rapidement constaté que notre outil de travail principal, soit notre logiciel de gestion de bibliothèque n’en était pas vraiment un. Nos écoles utilisaient Filemaker, une espèce de super Excel, qui avait été adapté pour pouvoir faire un «catalogage» et du prêt. Aucun catalogue Web n’existait pour qu’on puisse enseigner la recherche aux élèves. Moi qui avais travaillé avec des logiciels performants auparavant et ayant aussi été chargée de projet pour des conversions de systèmes dans le milieu des bibliothèques publiques, je ne pouvais concevoir de fonctionner comme ça. Ma merveilleuse collègue Gigi me donna alors un conseil dont je me souviendrai toujours: « Nadine, ne te tourmente pas pour ça, tu vas te faire du mal, car c’est une cause perdue. J’ai essayé de faire comprendre la nécessité d’avoir un vrai logiciel de bibliothèque, mais on m’a dit non». Il n’en fallait pas plus pour que la tête de mule en moi se sente mise au défi. Dans le texte qui suit, je vais vous raconter mon épopée TIC. Vous verrez que depuis trois ans, il s’en est passé des choses et que nous pouvons dire que nous serons bientôt l’une des premières commissions scolaires à offrir le prêt de documents électroniques à nos élèves.

J’ai toujours eu un intérêt et de la facilité à comprendre les différentes technologies. J’ai aussi une bonne capacité à vulgariser les choses complexes. À peine trois mois après mon embauche, j’ai donc commencé à monter un dossier pour convaincre ma patronne de dépenser environ 60 000$ pour informatiser nos 18 bibliothèques d’écoles primaires et 2 bibliothèques d’écoles secondaires avec un vrai logiciel de bibliothèque. Au départ, j’ai fait mes recherches sans avoir de véritable mandat. J’ai lu les règles d’acquisition de logiciels, fait une revue de la littérature sur les produits offerts, et j’ai finalement monté une présentation pour expliquer les avantages de nous débarrasser de Filemaker. Gigi attendait avec un espoir renouvelé de voir la suite des événements… J’ai dû me montrer particulièrement persuasive, car ma patronne (qui est très intelligente) s’est vite rendue à mes arguments. J’avais donc la bénédiction de passer à la deuxième étape, soit aller vérifier auprès du directeur des finances comment je pourrais réaliser mon idée. Avec un projet de cette envergure, il fallait suivre un protocole d’appel d’offres et faire une analyse balisée avant de pouvoir choisir un produit. Aussi, il fallait convaincre les directions des écoles de payer une partie des coûts associés et d’assumer les licences annuelles. J’ai été chanceuse, car 2010-2011 était la dernière année où les commissions scolaires pouvaient accumuler des surplus sans avoir à les retourner au MELS. J’ai donc pu bénéficier de la quasi-totalité de la somme nécessaire à la réalisation du projet à même ces fonds. J’ai fait le reste des démarches et en l’espace de 6 mois, nous avions un contrat signé avec le fournisseur du logiciel Biblionet. Gigi était super contente!

En parallèle, Gigi a travaillé avec notre conseillère pédagogique Récit pour abonner nos écoles à Universalis et Britannica en ligne. Bizarrement, ces encyclopédies en ligne n’ont pas été achetées avec l’idée première de donner des outils supplémentaires pour la recherche d’information. Le besoin émanait plutôt des conseillères en adaptation scolaire qui étaient mordues de la fonction «Read Aloud» incluse dans ces deux produits. Nous nous sommes donc trouvé des alliées insoupçonnées dans l’équipe des services complémentaires. La table était mise pour que notre commission scolaire soit à la fine pointe. Et c’est là que les problèmes ont commencé. Comme vous vous imaginez, migrer d’un système informatique à un autre est toujours une étape difficile qui amène son lot de soucis techniques. Alors imaginez quand vous avez vingt bases de données constituées de fiches pseudo-catalographiques créées par des bénévoles ayant pour la plupart une orthographe approximative et aucune notion concernant le vocabulaire contrôlé… Nous avons fait le choix de ne pas migrer ces données de piètre qualité et de repartir de zéro. Donc, avec beaucoup de volonté et de naïveté, nous avons établi un plan d’attaque ambitieux. Nous avons fait 20 inventaires de bibliothèque en l’espace de 9 mois. Avec les ISBN, nous voulions dériver les notices pour créer des belles fiches de catalogage. Nous étions une équipe de deux bibliothécaires aidées d’une stagiaire de l’EBSI et de quelques équipes de bénévoles. Rappelez-vous que nous avions en même temps tous nos autres dossiers à mener de front. Et puis… je suis tombée enceinte. J’étais bien sûr heureuse, mais en même temps, j’étais très inquiète de partir au moment où on avait le plus besoin de moi. J’ai quitté pour mon congé de maternité juste avant la formation de nos équipes de bénévoles à l’utilisation de Biblionet. Heureusement, il n’a jamais été question pour ma patronne de laisser Gigi seule à son sort et on m’a trouvé une remplaçante pour prendre le relai. L’année scolaire 2012-2013, l’an 1 de Biblionet, a été très pénible. Même aujourd’hui, Gigi ne m’en parle pas trop. Elle est tel un soldat atteint du syndrome de stress post-traumatique… J’exagère à peine.

Quand je suis revenue au travail l’automne dernier après un an d’absence, j’ai constaté tout ce qui restait à faire. Notre base de données Biblionet était loin d’être au point et nous n’avions toujours pas de catalogue Web fonctionnel. L’abonnement à Universalis et à Britannica avait été suspendu, car les écoles secondaires n’utilisaient pas assez ces ressources. J’avais l’impression de revenir à la case départ. J’ai donc consacré une bonne partie de l’année à résoudre les problèmes. Nous voyons la lumière au bout du tunnel et prévoyons avoir un système à notre goût pour la rentrée en septembre 2014. Vous avez peut-être cerné un peu ma personnalité, donc vous ne serez pas surpris si je vous dis que malgré tout le travail que nous avions à accomplir cette année, il n’était pas question pour moi d’en rester là. J’ai donc mis en branle l’étape deux de mon plan, soit fournir à nos élèves l’accès à des livres électroniques. J’ai plusieurs motivations à vouloir proposer au plus vite des livres électroniques à nos élèves. Tout d’abord, nous avons une clientèle bilingue qui n’a que peu accès à des livres en anglais via le réseau des bibliothèques publiques de notre région. Nos élèves sont donc essentiellement dépendants des bibliothèques scolaires pour leur fournir de la lecture dans cette langue. Comme de raison, nous nous butons aux problèmes traditionnels du manque d’accessibilité des bibliothèques scolaires, de la qualité inégale des collections, des budgets qui défavorisent les petites écoles au profit des grandes et du manque de personnel qualifié (techniciens en documentation) dans les écoles. Donc, l’accès en tout temps à une collection électronique partagée par tous les élèves de notre commission scolaire apparaît comme une solution logique à ce problème. Nous avons aussi une demande pour les fameuses séries de classe (30 exemplaires d’un même titre). Je ne réponds pas oui à ces demandes quand j’achète des livres papier, car cela contrevient à l’esprit de la mesure 30271. Toutefois, certains éditeurs proposent un modèle d’achat d’accès simultanés illimités pour leurs livres électroniques. Voilà quelque chose de très intéressant pour obtenir une grande variété de séries de classe sans nous priver d’offrir une collection diversifiée. Le modèle de la bibliothèque électronique vient aussi faciliter ma vie pour ce qui est de proposer des exemplaires multiples des romans à la mode. En effet, quand un engouement pour un titre en particulier survient, il faudrait que j’achète cinq ou six copies du livre par école pour suffire à la demande. Quelques années plus tard, ces livres ne sont plus empruntés et encombrent les tablettes. Faire un élagage est toujours un problème dans nos écoles. Cela demande du temps, et il n’est pas bien vu de se départir de livres encore en bon état, même s’ils ne sont plus empruntés. Toutefois, si j’achète des copies électroniques en plus d’un ou deux exemplaires papier, je peux facilement décider de ne pas renouveler mon achat une fois le nombre d’emprunts qui sont inclus dans le prix de mon livre est épuisé.

Bref, forte de ces arguments déjà convaincants, j’ai gardé dans ma manche un argument massue: mon projet de livres électroniques allait s’autofinancer cette année à même les fonds prévus par deux mesures du MELS. Oui oui, vous avez bien lu. J’ai suggéré d’utiliser notre mesure d’achats de livres, la 30271 et de la coupler avec la mesure d’achat de ressources numériques didactiques (50680) pour se constituer un moyen de financement qui n’impliquerait aucun fonds provenant du budget régulier de ma commission scolaire. Puisque nos écoles secondaires n’allaient pas utiliser totalement leurs fonds d’achats de livres cette année, j’ai suggéré de les récupérer pour se constituer un corpus de base de livres numériques. J’ai ensuite évalué différents vendeurs de livres électroniques pour retenir Overdrive. Je pourrais vous partager les raisons qui m’ont incitée à choisir cette entreprise plutôt qu’une autre dans un autre article. J’ai fait toutes les démarches pour obtenir l’information nécessaire (prix, contrat type, requis technologiques, etc.). J’ai ensuite discuté avec ma patronne pour lui expliquer tout ça. Elle m’a fait rencontrer sa patronne qui, tout emballée, m’a invitée à aller faire une présentation de mon plan au comité de direction (direction générale et toutes les directions de services). Ils ont été d’accord et m’ont donné le feu vert. En date d’aujourd’hui, il me reste à signer les ententes formelles avec Overdrive et à procéder à ma sélection de titres. Et voilà! À ma connaissance, nous serons la deuxième commission scolaire (après Lester B. Pearson) à offrir des livres numériques en prêt chrono dégradable à ses élèves. Cette année, j’aurai pour 11 000$ d’achats à faire chez Overdrive. L’an prochain, je soumettrai l’idée à mes comités de bibliothèque de consacrer 25% du budget d’acquisition de livres pour l’achat de ebooks. Je suis pas mal certaine de me faire dire oui.

Je suis vraiment emballée de la tournure que prennent les choses chez nous. Je suis choyée de travailler dans un milieu qui favorise l’innovation et qui me traite en vraie professionnelle. Je sais bien que la situation n’est pas identique dans toutes les commissions scolaires, mais je crois qu’en partageant des histoires comme la mienne, cela vous fournira peut-être des arguments pour amorcer la discussion dans vos milieux. Je dois toutefois terminer mon article sur une notre plus pessimiste. C’est bien beau d’avoir réussi à convaincre ma direction d’acheter chez Overdrive, mais ce que j’aurais souhaité plus que tout est de pouvoir signer une entente avec Pretnumerique.ca. Et de ce côté les choses stagnent. C’est inimaginable que nous ne puissions pas avoir accès au contenu numérique québécois à cause d’un manque de leadership de notre Ministère! Je tiens à souligner l’initiative de notre collègue Lyne Rajotte à la CSDMI. Elle a commencé à débroussailler le terrain pour nous. Par contre, il est injuste de laisser sa commission scolaire mener seule les négociations avec les maisons d’édition québécoises. C’est à notre Ministère de mandater un comité pour faire ces démarches. Le ministère de la Culture et des Communications a déjà tracé la voie avec l’organisme Bibliopresto. Il me semble que nous avons déjà une base solide pour pouvoir travailler. Je vous encourage donc à demander à la haute direction de vos commissions scolaires de faire pression sur les directions régionales du MELS pour que ce dossier avance. C’est d’après moi la seule manière de faire progresser le dossier plus rapidement. Si j’ai été capable de le faire, vous êtes tous et toutes capables de le faire aussi. Alors, je vous souhaite bonne chance dans vos démarches. J’ai hâte d’entendre de vos nouvelles!

Pour consulter l’ensemble des textes de ce dossier en version PDF, cliquez ici.

La section des commentaires est maintenant fermée sur cette page.