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Nouvelle ère, nouveaux lieux: Être stratégique

Article écrit par Brigitte Moreau, bibliothécaire, Commission scolaire de la Pointe de l’Ile.

Il faut savoir saisir toutes les occasions qui se présentent pour promouvoir l’idée d’un réaménagement de la bibliothèque scolaire. Bien sûr, le manque de ressources financières est le premier réflexe d’une direction d’école pour clore une discussion avant même qu’elle n’ait lieu lorsqu’il s’agit d’investir pour du mobilier dans la bibliothèque de l’école. Et non par désintérêt, mais parce qu’un gestionnaire doit d’abord consacrer ses énergies à des projets réalistes. L’obstacle est majeur et facilement compréhensible. Alors comment le contourner? Comment faire valoir l’importance de la bibliothèque de l’école au point de pouvoir justifier un investissement majeur?

En rendant réaliste ce qui ne l’est peut-être pas au premier abord. Tout en n’oubliant jamais d’arrimer son discours aux enjeux pédagogiques qui conditionnent les prises de décisions des directions d’école : la convention de gestion (reddition de comptes), la réussite des élèves (l’augmentation du taux de diplomation), la persévérance scolaire (versus le décrochage scolaire, politically incorrect), et l’augmentation du taux de littératie (l’analphabétisme de la société québécoise inquiète); les milieux défavorisés et la lecture chez les garçons sont aussi des enjeux majeurs lorsqu’il s’agit d’argumenter en faveur d’investissements substantiels dans nos écoles.

J’aimerais partager une petite tranche de vie : une situation inattendue qui s’est transformée en un réaménagement majeur pour la bibliothèque.

J’étais dans une école pour proposer des livres pour le continuum, un accompagnement qui n’avait rien à voir avec un quelconque réaménagement, ni de près, ni de loin. Comme chaque fois où je vais dans une école, je profite de l’occasion pour m’assoir quelques minutes avec la direction, histoire de faire un petit suivi de l’activité et de consolider mes interventions. Dans cette école, ce jour-là, j’ai saisi une balle au bond en profitant de l’enthousiasme du directeur envers mon engagement pour lui demander si la bibliothèque faisait partie des moyens ciblés dans le but 2 de sa convention de gestion. C’est en l’amenant sur ce terrain que j’ai pu profiter de la discussion pour lui dire comment je pourrais l’aider à actualiser ses objectifs quant à l’augmentation de la performance de ses élèves en lecture. Étonnamment, j’ai appris que ses élèves performent assez bien en lecture malgré les carences de la bibliothèque, manifestes à plusieurs égards. Un paradoxe qui aurait pu faire croire que celle-ci n’a qu’un rôle mineur sur la réussite des élèves alors que le phénomène est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait.

C’est à ce moment qu’il devient essentiel de passer en mode stratégique. D’abord saluer la qualité du travail pédagogique de l’équipe-école, une réalité qu’il importe de souligner, non par opportunisme, mais simplement parce que c’est vrai. Puis ensuite faire valoir les bénéfices accrus si nous pouvions en faire davantage. Stratégiquement, l’occasion était trop belle pour ne pas tenter d’aller un peu plus loin. C’est précisément à ce stade que je me devais de proposer une offre de service pour expertiser les chances de bonifier une situation déjà « confortable » et soutenir les engagements validés par la convention de gestion. Car malgré le fait que la situation soit plutôt bonne, la lecture demeure un enjeu majeur qui doit bénéficier d’une attention permanente.

Ma première observation a été d’expliquer la pauvreté de la bibliothèque par des investissements presque entièrement consacrés aux livres des bibliothèques de classes au détriment de celle de l’école, durant plusieurs années. Ma proposition était simple : offrir une évaluation de collection qui permettrait de poser un regard plus objectif sur l’état de celle-ci. L’exercice a permis de souligner l’ampleur de sa désuétude. Devant un tel état de fait, j’ai préféré n’envoyer par courriel que mes tableaux en soulignant quelques constats majeurs et en proposant une autre rencontre pour communiquer de vive voix mes recommandations. D’une part, je savais que la situation exigeait des changements majeurs qu’il faudrait justifier et négocier, mais d’autre part, je voulais maintenir une relation d’aide afin de m’assurer de pouvoir contribuer à la remise à niveau des lieux.

La complexité de la tâche s’accentuait, car en plus de souligner l’importance d’investir massivement dans les achats de livres pour la bibliothèque de l’école, il fallait également trouver le moyen de revitaliser un lieu à l’image de ses ressources. Je passerai outre l’énumération des résultats de cette évaluation pour ne retenir que son résultat : la démonstration sine qua non qu’un peu plus de 60 % de la collection atteignait un âge inquiétant pour les apprentissages. La situation était suffisamment alarmante pour préoccuper n’importe quelle direction d’école quant à la désolation attestée des ressources offertes aux élèves. Il va sans dire que j’avais tout à coup une écoute encore plus attentive du directeur qui voulait à tout prix remédier à la situation. Nous voici donc rendus à l’étape décisive de la démarche stratégique à l’œuvre.

Pour ce qui est de la collection, je n’avais aucun doute de pouvoir remédier à la situation avec un argumentaire restreint puisque l’argent est disponible pour acheter des livres dans nos écoles. Là où le bât blesse, c’est au niveau du réaménagement et des couts que cela entraine. Devant l’ampleur de la situation, j’ai proposé un processus de revitalisation par étapes. C’est en évoquant l’échéancier de ces étapes que la question a été tout simplement posée par le directeur : « Est-il possible de trouver des fonds pour revamper une bibliothèque d’école alors qu’aucun agrandissement de l’établissement n’est projeté? »

Bien sûr, comme je ne détiens pas les cordons de la bourse, le premier réflexe pourrait être de répondre non, puisque les conditions habituellement requises pour ce faire ne sont pas réunies. Cependant, si je n’ai aucun pouvoir décisionnel lié aux budgets, je sais par ailleurs que j’ai un pouvoir d’influence lié à ma fonction de professionnelle. Dans un cas comme celui-là, la meilleure proposition consiste à tenter l’exercice : ça ne coute pas cher d’essayer. Nous nous sommes mis tout de suite d’accord sur la marche à suivre : je préparerais un argumentaire qui justifierait l’investissement et le directeur commencerait à semer l’idée chez son vis-à-vis à la commission scolaire. L’idée a été reçue favorablement avant même que j’aie le temps de déposer cet argumentaire et la suggestion de présenter une soumission a été presque immédiate du côté de la commission scolaire.

En anglais, l’expression dit « Never settle for less :… un énoncé auquel j’adhère entièrement.

Cette tranche de vie n’est pas encore terminée. L’aventure ne fait que commencer et je serais bien en peine de vous dire jusqu’où elle ira, mais une chose est sure, c’est que j’irai avec elle! Par étape, s’il le faut, mais avec conviction pour que la bibliothèque devienne un centre d’apprentissage stimulant et un lieu culturel dynamique.

Que contiendra mon argumentaire? Il cherchera à démontrer les impacts d’un réaménagement sur la motivation d’utiliser la bibliothèque et ses ressources, sur la perception positive que les élèves développeront par rapport aux livres et à la bibliothèque. Redéfinir un lieu pour le rendre accueillant stimulera le désir d’y rester plus longtemps et de l’investir en toutes sortes d’occasions, pour toutes les disciplines, multipliant ainsi les possibilités de l’utiliser pour y vivre des expériences littéraires enrichissantes. Idéalement, j’assoirai cet argumentaire sur un cadre théorique qui ajoutera à la pertinence d’investir dans ce genre de projet pour que les enfants développent une relation positive avec la lecture, en justifiant que l’investissement consenti aura un impact positif sur la réussite des élèves. Et j’attacherai le tout en faisant des liens avec le Programme de formation de l’école québécoise et, s’il y a lieu, la progression des apprentissages. Ne restera plus qu’à soutenir et accompagner les enseignants dans leur appropriation du lieu et de ses possibilités afin d’accroitre le potentiel des apprentissages qui pourront y être réalisés.

D’autres stratégies seront alors requises.

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