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Magasiner ou développer?: Développer dans les écoles primaires, oui, mais comment?

Article écrit par Brigitte Moreau.

Les besoins en livres varient d’une école primaire à l’autre. Il y a les programmes particuliers, les projets-écoles, les classes d’accueil pour certains et les classes langage pour d’autres, ou encore les classes spécialisées EHDAA, sans compter les mille et une particularités de chacune selon son environnement social immédiat. L’engagement de l’équipe-école joue aussi une influence considérable sur la dynamique d’un milieu et, par conséquent, son degré d’ouverture vers des projets pédagogiques plus ou moins ambitieux ou audacieux. Chaque école est un microcosme complexe et unique que l’on se doit de respecter afin d’offrir un accompagnement adéquat pour développer une collection à l’image de ses ambitions et de ses élèves.

À cet égard, il importe de préciser le rôle des bibliothécaires scolaires: nous sommes des conseillers et des formateurs sans pouvoir décisionnel. Chaque école est maître d’oeuvre dans la façon dont elle investit son budget. Et parce que chaque école est différente de l’autre, le développement de collection ne peut être identique d’une institution à l’autre. Nous devons chercher des façons de faire qui nous permettent de favoriser l’introduction d’une littérature riche et porteuse de potentiels pédagogiques: procédés d’écriture, repères culturels, livres à portée réflexive, etc. L’exigence d’un tel constat est lourde à porter lorsqu’on sait combien peu nombreux encore sont les bibliothécaires sur le terrain. C’est pourquoi une vision participative du processus d’acquisition des livres dans une école est plus qu’envisageable, elle est hautement recommandée. Il va sans dire que les impacts positifs d’une telle alliance sont nombreux, ne serait-ce que de consolider l’adhésion des enseignants aux objectifs d’une bibliothèque scolaire et, conséquemment, contribuer à en maximiser l’utilisation.

Les bibliothécaires ont la responsabilité de rendre les enseignants autonomes et compétents dans la compréhension de ce qu’implique un véritable développement de collection. Cet objectif est prioritaire pour accompagner adéquatement un milieu. Du côté de l’équipe-école, une aide ainsi construite ne fera qu’augmenter la pertinence de s’associer à un bibliothécaire pour développer une collection équilibrée et porteuse d’apprentissages multiples, y compris celui de lire pour le plaisir. Parce que les enseignants ont par ailleurs une lourde tâche à assumer, ils peuvent enfin compter sur des spécialistes en littérature jeunesse pour les guider dans cet univers foisonnant qui compte aussi plusieurs pièges: les livres à saveur littéraire, mais qui ne sont que des concentrés moralisateurs et pseudo-pédagogiques, les livres trop populaires qui ne dureront que l’espace d’un instant et que l’on trouve facilement en bibliothèque municipale (quel beau lien à faire sur la complémentarité des milieux), etc.

Parce qu’il est utopique de penser qu’une poignée de bibliothécaires scolaires pourront à eux seuls développer les collections de plusieurs centaines d’écoles primaires au Québec, le travail collaboratif est devenu une priorité.

Afin de favoriser la participation d’une équipe-école au développement de collection et ainsi augmenter le lien d’appropriation du service de bibliothèque dans chaque école, je vous propose ici une démarche exigeante, mais efficace.

D’abord former un comité de bibliothèque [i] dont la priorité d’action sera d’intégrer la bibliothèque à la vie pédagogique de l’école. Il s’agit donc essentiellement d’un comité formé de pédagogues, supervisé par un ou une bibliothécaire de la commission scolaire, composé d’au moins 4 enseignants (un par cycle), du conseiller pédagogique de l’école, d’un technicien en documentation (si possible) et d’un membre de la direction pour en valider l’existence, mais aussi pour en assurer la pérennité et la cohésion pédagogique. L’un des mandats de ce comité est justement le développement de collections. Il veillera également à l’organisation d’activités littéraires ou en lien avec l’acquisition des compétences informationnelles, ainsi qu’à la restructuration du service de bibliothèque.

Le bibliothécaire procède à l’évaluation de la collection à l’aide d’un rapport statistique détaillé par types de documents et par année de publication: ce qui aidera à évaluer – et à questionner – l’équilibre de la collection existante, et identifier les secteurs qui sont désuets ou incomplets. Ce premier regard sur le fonds devra être validé par une évaluation plus qualitative sur le terrain, puisque, par exemple, le rapport statistique ne permet pas d’évaluer la condition physique des livres.

Cette étape franchie permettra de dégager des priorités d’achats qui constitueront une première répartition de l’enveloppe budgétaire par disciplines et par genres. La participation de tous les membres du comité est ici cruciale, car ceux-ci seront ensuite responsables de la diffusion de l’information auprès de leurs collègues enseignants et de l’adhésion de ces derniers au processus en cours. Par exemple, lorsqu’il s’agit de décider si le budget sera morcelé pour des achats de bibliothèques de classes ou sera entièrement consacré à enrichir celle de l’école. L’occasion est belle d’expliquer l’apport de chacune de ces bibliothèques et les critères qui doivent baliser le développement respectif de celles-ci afin d’éviter les doublons, triplons et multiplions indus et indésirables et qui constituent un véritable gaspillage d’argent public.

Un sondage auprès des enseignants viendra ensuite alimenter ou confirmer cette planification initiale. Idéalement, les enseignants auront eux-mêmes sondé les élèves et récolté leurs suggestions. Celles-ci devront être soigneusement comptabilisées, voire identifiées, afin de pouvoir répondre aux individus qui auront participé au processus. Ainsi, les bibliothécaires pourront informer enseignants et élèves de l’achat ou non des livres demandés, en justifiant la cause d’un refus d’achat (qui peut être multiple) tout en prenant soin de pallier aux demandes exprimées en les dirigeant vers la bibliothèque municipale la plus proche.

Une fois ces suggestions intégrées aux priorités d’achat selon la pertinence de leur acquisition, la planification de l’investissement sera finalisée et approuvée par le comité. Ensuite, plusieurs façons de faire s’offrent à l’équipe du comité pour procéder aux achats. Voici 5 scénarios possibles qui ont l’avantage d’avoir été validés au préalable par l’auteure de ces lignes. Ceux-ci seront proposés au comité qui retiendra la formule qui conviendra le mieux selon les disponibilités et l’investissement en libération que la direction sera prête à assumer.

  1. La bibliothécaire fait une sélection en librairie et la présente aux enseignants, par cycle, ou aux membres du comité, qui déterminent le choix final à être facturé à l’école.

  2. Quelques enseignants, accompagnés du bibliothécaire, font un choix directement en librairie.

  3. Des présentations de livres par cycle sont faites par le bibliothécaire à partir du fonds de la bibliothèque de la commission scolaire (s’il en possède une, sinon, il est grand temps de démontrer la nécessité d’en développer une! Comment faire des formations autrement?).

  4. Une combinaison des scénarios 1 et 3.

  5. Évidemment, il se peut également qu’une direction ne veuille pas investir du temps de son équipe-école dans de tels scénarios et donne la responsabilité au bibliothécaire de procéder directement et seul aux achats. Dans ce dernier cas, le bibliothécaire devrait alors poser la condition de sa contribution: présenter les achats aux enseignants pour que ceux-ci s’approprient les nouveaux livres. C’est le prix d’une collection vivante. Rien ne sert d’acheter les plus beaux livres, les plus performants, s’ils sont voués à s’empoussiérer sur des rayonnages de bibliothèque parce qu’on méconnaît leur existence.

Chacun des cas exige une implication soutenue de la part du bibliothécaire et une écoute attentive des besoins exprimés par l’équipe enseignante. C’est aussi un temps privilégié dont dispose le bibliothécaire pour former les enseignants à la littérature jeunesse et présenter des choix de livres que ces derniers ne connaissent pas, tout en leur proposant des utilisations possibles, en faisant ressortir les thèmes ou en prolongeant l’exercice par la création de réseaux à la suite des réactions des enseignants. Une alliance avec le conseiller pédagogique rend un tel exercice encore plus profitable puisqu’il assure la cohésion des interventions aux pratiques pédagogiques en cours dans l’école.

Finalement, développer une collection demande une planification structurée, du savoir-faire et beaucoup de doigté.

Bannissons le magasinage et recherchons le travail collaboratif!

Brigitte Moreau
Bibliothécaire
Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île
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[i] Attention ce comité diffère de celui qui inclut les bénévoles de la bibliothèque dont les tâches diffèrent.

Pour consulter ce texte en version PDF, cliquez ici.

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