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Magasiner ou développer?: Éditorial

Article écrit par Nancy Gravel.

Il n’y a pas si longtemps, 4 ou 5 ans à peine, il n’y avait plus de bibliothécaires en milieu scolaire ou si peu. Les techniciennes en documentation étaient davantage présentes, surtout au secondaire, directement dans les bibliothèques. Un autre petit nombre de techniciennes gardait le fort au primaire, œuvrant pour l’ensemble des bibliothèques, tentant tant bien que mal de faire leur travail technique tout en s’efforçant de veiller au grain quant à ce qui s’achetait dans les écoles. Bien sûr, elles ne pouvaient tout voir, tout contrôler. Principalement, leurs interventions survenaient lorsqu’elles interceptaient des livres inadéquats pour le groupe d’âge du primaire alors qu’elles importaient des notices catalographiques. Elles ne pouvaient faire beaucoup plus, débordées qu’elles étaient par la somme importante de travail technique qu’elles avaient à faire. Avec l’arrivée des bibliothécaires, il semblerait que la situation a évolué. Dans certains endroits, c’est effectivement le cas, mais dans la grande majorité des commissions scolaires de la province, rien n’a changé, malgré les formations, les offres de services d’accompagnement et les documents préparés par les bibliothécaires sur le sujet pour guider les comités bibliothèques et autres responsables des achats dans les écoles à faire des choix judicieux et adaptés à leurs élèves.

Les pires cauchemars d’une bibliothécaire et d’une technicienne en documentation (et aussi des libraires il faut le dire) quand vient le temps pour les écoles d’aller acheter leurs livres ressemblent à ceci:

Il est 16h00 un vendredi et une personne du primaire se pointe à la librairie et annonce à la libraire qui ne l’attendait pas qu’elle a 2000$ à dépenser en livres et qu’elle aimerait bien être partie pour 17h15. Pas de rendez-vous, pas de recherche préalable, simplement une petite saucette en librairie pour se débarrasser de cet encombrant 2000$.

Un autre jour, un groupe de personnes, toutes d’une même école du primaire, se promène avec un chariot entre les présentoirs de la librairie en y mettant tous les livres qui ont «l’air bons». D’autres demandent à la libraire de leur fournir les derniers Geronimo Stilton, Tea Stilton, Garfield, Bibliothèque Verte et les derniers livres d’Anne Robillard qui est «tellement une bonne auteure». De quoi parlent ses derniers livres? Sont-ils adaptés pour la clientèle du primaire? Ils ne le savent pas, mais ils aiment l’auteure, alors ils les achètent, c’est tout.

Une bénévole qu’on récompense du temps qu’elle a donné à la bibliothèque en l’envoyant magasiner des livres…

Tous les Michel David de ce monde qui sont achetés parce qu’il y a des enseignants qui aiment ça les lire…

Des livres achetés chez Costco, Wal-Mart, Zellers ou au Dollarama parce qu’ils coûtent moins chers que ceux en librairie…

Faire sortir des centaines et des centaines de livres à la librairie et lui dire après des heures de travail acharné qu’on va les acheter ailleurs.

Ces actions-là se traduisent par «Magasiner». Magasiner, c’est un acte purement intuitif, émotif même. Magasiner, c’est comparer les prix, les couleurs, le matériel. Magasiner, c’est se laisser influencer par la publicité, la mise en valeur des objets et leur place dans le magasin. Magasiner, c’est mettre dans le panier des trucs dont on n’est pas certain d’utiliser.

Bref, magasiner des livres, ce n’est pas développer des collections.

Développer des collections, c’est acquérir des documents qui vont venir soutenir le travail des enseignants et autres professionnels en lien avec la réussite éducative des élèves tout en ciblant l’intérêt du public qui va lire ces livres. C’est identifier les besoins de ce public, déterminer les trous de collection, s’assurer de raccrocher les acquisitions au programme de formation de l’école québécoise tout en faisant le lien avec le plaisir de lire. Développer des collections, c’est s’assurer d’offrir des livres de qualité, d’intérêt, stimulants tant pour le cerveau que pour l’affect.

Développer des collections, c’est faire un travail de recherche, c’est lire, s’informer, échanger, critiquer. On est loin de «il a l’air bon ce livre-là».

Il faut le mentionner cependant, certains enseignants responsables des achats de livres se sentent concernés et font un travail important avant d’aller en librairie. Malheureusement, ces enseignants ne sont pas légion et, disons-le, qui de mieux pour enseigner aux enfants qu’un enseignant? Qui de mieux pour développer des collections de documents que des professionnels de la documentation?

Et vous, vous magasinez… ou vous développez?

Nancy Gravel
Bibliothécaire
Commission scolaire de Saint-Hyacinthe

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